La colocation explose en France : 476 000 colocataires en 2023 (+45 % en 5 ans), 7,6 candidatures par chambre en moyenne. Pour les propriétaires, c’est un marché porteur mais avec des règles spécifiques, notamment sur l’état des lieux et la répartition des responsabilités. Bail unique ou baux individuels, clause de solidarité, dépôt de garantie : voici les règles à connaître.
Bail unique ou baux individuels
La colocation est définie par l’article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989 (créé par la loi ALUR, modifié par la loi ELAN). Deux formats coexistent :
Le bail unique (formule standard)
Tous les colocataires signent un seul contrat. Le loyer global est fixé, chaque colocataire paie sa quote-part. Le départ d’un colocataire ne met pas fin au bail. C’est la formule la plus courante, et celle qui permet d’insérer une clause de solidarité.
Les baux individuels
Chaque colocataire a son propre contrat portant sur sa chambre privative (surface minimale : 9 m² et 20 m³) et les parties communes mises à disposition. La somme des loyers individuels ne peut pas dépasser le loyer global du logement.
La clause de solidarité
La solidarité ne se présume pas (article 1202 du Code civil) : elle doit figurer noir sur blanc dans le bail. Sans mention expresse, elle n’existe pas.
Avec la clause, chaque colocataire (et son garant) est redevable de la totalité du loyer et des charges. Si l’un ne paie pas, le propriétaire peut réclamer l’intégralité à n’importe quel autre signataire. Pour le choix de la garantie, consultez notre comparatif caution solidaire vs Visale.
Fin de la solidarité après départ (loi ELAN)
La loi ELAN a clarifié les règles :
- La solidarité cesse immédiatement si un remplaçant intègre le bail
- Sans remplaçant, elle cesse au plus tard 6 mois après la date d’effet du congé du colocataire sortant
- La solidarité ne s’étend pas aux indemnités d’occupation postérieures au départ
L’état des lieux en colocation
Bail unique : un seul EDL pour tous
Un seul état des lieux d’entrée est établi pour l’ensemble du logement, signé par tous les colocataires et le bailleur. L’état des lieux de sortie est fait lors du départ du dernier colocataire.
Le piège du changement de colocataire
La loi ne prévoit aucun état des lieux intermédiaire obligatoire quand un colocataire part et un autre arrive. C’est un piège majeur :
- Sans EDL intermédiaire, le nouveau colocataire devient solidairement responsable de toutes les dégradations depuis le premier EDL d’entrée, y compris celles causées avant son arrivée
- Le colocataire sortant n’a aucune preuve de l’état du logement à son départ
- En cas de litige à la sortie finale, impossible de ventiler les dégradations entre les périodes d’occupation
Recommandation forte : réalisez systématiquement un état des lieux intermédiaire à chaque changement de colocataire, même si la loi ne l’impose pas. Un état des lieux numérique avec photos horodatées rend l’opération rapide et sécurisée.
Baux individuels : un EDL par locataire
Chaque bail étant distinct, un état des lieux d’entrée et de sortie est établi pour chaque colocataire. L’EDL porte sur la partie privative. Les parties communes sont décrites dans le contrat comme « mises à disposition ».
Pour les dégradations dans les parties communes, toute clause de responsabilité collective automatique est nulle. Le bailleur doit prouver la responsabilité individuelle. Si aucun responsable n’est identifiable, les frais sont répartis proportionnellement aux loyers.
Le dépôt de garantie en colocation
Bail unique : un seul dépôt
Le dépôt est versé globalement. Point critique : le bailleur n’est pas tenu de restituer la part du dépôt au colocataire qui part en cours de bail. Le dépôt est indivisible et ne sera rendu qu’au départ du dernier locataire.
Le colocataire sortant ne peut récupérer sa part qu’auprès de ses colocataires, par accord amiable – typiquement en demandant au remplaçant de lui verser sa quote-part directement.
Baux individuels : un dépôt par locataire
Chaque colocataire verse et récupère son propre dépôt au moment de son départ, dans les délais légaux : 1 mois si l’EDL est conforme, 2 mois si des dégradations justifient des retenues. Pénalité de retard : 10 % du loyer mensuel par mois entamé.
Responsabilité en cas de dégradations
Sous bail unique avec clause de solidarité, le bailleur peut se retourner vers n’importe quel colocataire pour la totalité des réparations, même si un seul est responsable. Le colocataire contraint de payer dispose ensuite d’un recours contributoire contre le véritable responsable (article 1317 du Code civil).
Sans clause de solidarité (ou en baux individuels) :
- Réparations dans une chambre privative : à la charge du titulaire
- Réparations dans les parties communes : répartition proportionnelle aux loyers
- Dégradation par un tiers identifié : à sa charge uniquement
7 conseils pratiques pour les propriétaires
- Insérez une clause de solidarité explicite dans le bail – sans mention expresse, elle n’existe pas
- Réalisez un EDL d’entrée complet et détaillé avec photos datées, pièce par pièce
- Faites un EDL intermédiaire à chaque changement de colocataire
- Rédigez un avenant à chaque changement (entrée du nouveau, sortie de l’ancien)
- Précisez dans le bail les modalités du dépôt de garantie en cas de changement de colocataire
- Préférez les baux individuels pour les grandes colocations (4+ personnes) : gestion plus simple des turnover
- Vérifiez les attestations d’assurance habitation de chaque colocataire – le défaut d’assurance est un motif de résiliation
En résumé
La colocation offre un rendement locatif souvent supérieur à la location classique, mais exige une gestion rigoureuse. L’état des lieux intermédiaire à chaque changement de colocataire, bien que non obligatoire, est la meilleure protection contre les litiges. Un outil numérique permet de le réaliser en quelques minutes, avec un historique horodaté qui délimite clairement les responsabilités de chacun.

